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L'Infidélité Est-Ce Si Grave ?

Dernière mise à jour : il y a 5 jours


En complément de ce article :

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Dans la langue française, un infidèle est une personne qui ne garde pas la foi, qui rompt son engagement. Par extension et rapporté au couple, l’infidèle est une personne qui rompt l’engagement d’être exclusive à une autre personne.

Mais de quelle exclusivité parle t’on ?



Dans le langage courant, il s’agit bien souvent d’une exclusivité sentimentale et surtout sexuelle. Et c’est sur l’acceptation de ce terme que je me pencherai.

En me "couplant" à un(e) autre, je m’engage à ce qu’il/elle soit mon/ma seul(e) et unique partenaire sexuel(le).

Alors même que beaucoup d’exclusivités nous dérangent, parce qu’elles nous rendent captifs, celle qui consiste à n’avoir qu’un(e) seul(e) partenaire sexuel(le) semble aller de soi. C’est souvent un gage d’amour que l’on offre à l’autre : on lui offre notre liberté sexuelle, et l’on compte bien qu’il/elle fasse de même.

Gare à celui ou celle qui s’offre le droit de rompre ce pacte ! On parlera alors de trahison... Le mot donne le ton de la souffrance de celui ou celle qui découvre que son/sa partenaire s’est libéré(e), seul(e) et généralement en secret, de son engagement. Cette rupture est rarement indolore et presque jamais vécue comme anodine. Les conséquences peuvent être lourdes, et l’onde de dévastation se propager très largement dans le temps. Plus le couple est envisagé comme une structure fusionnelle et vécu comme une unité, plus le séisme est grand.

Cela suffit-il pour poser la gravité d’une infidélité ? 

La notion de gravité d’un comportement contient souvent une dimension morale. Celle-ci est particulièrement présente dans les conduites d’extraconjugalité. Après avoir été longtemps punissable sur le plan légal, l’adultère ne l’est plus. Pourtant, la moralité ou l’immoralité de la non-exclusivité sexuelle reste un sujet hautement explosif. Dès qu’une infidélité est mise au jour, chaque ami, chaque collègue, chaque membre de la famille a un avis, directement influencé par les valeurs morales qu’il défend. En résumé, beaucoup d’entre nous pensent l’infidélité en termes de "justifié" ou "injustifié", de "il/elle a eu raison" ou "ça ne se fait pas".


Pour se défaire de cette notion, je préfère penser l’infidélité comme un acte sérieux, important et non pas un acte grave.

Que l’on soit d’une nature souple ou d’une nature rigide, que l’on soit trompé(e) ou  que l’on trompe, l’importance de l’infidélité semble toujours présente sans pour autant déclencher les mêmes émotions.


Du côté de la personne "trompée", cette rupture de l’engagement sexuel exclusif remodèle l’univers du couple, mais aussi l’estime de soi. Le mensonge et la dissimulation ne sont pas corrélés à une émotion excitante, comme cela peut être le cas chez celui ou celle qui trompe, mais à un remaniement profond de l’image de soi : "Comment n’ai-je rien vu ?", "Quel(le) idiot(e) j’ai pu être... !" À cette dévalorisation s’ajoute la découverte que l’autre peut prendre du plaisir ailleurs que dans ses bras, qu’il/elle ne lui suffit pas... Il/elle réalise soudain que ce "nous", qui semblait si puissant, comporte des espaces béants où d’autres peuvent s’infiltrer. Si ce "nous" s’effondre, et que chacun reprend son individualité, comment appréhender cet autre qui s’échappe et qu’il/elle ne connaît pas, ou plus ? Qui est-il/elle ? Qui sommes-nous ? Qui suis-je ?


Du côté de la personne qui trompe, l’importance semble tout aussi présente. Sinon, comment expliquer tant de précautions prises pour que l’autre ne sache rien ? S’il n’y avait aucune gravité à rompre son exclusivité sexuelle, le secret et le mensonge n’auraient pas besoin d’être si omniprésents. La relation extracouple aurait-elle le même goût ? Générerait-elle autant d’excitation ? Une très large majorité de mes patient(e)s qui trompent ou ont trompé leur conjoint(e) aimeraient que leur acte soit considéré comme "banal", tout en sachant pertinemment qu’il ne l’est pas. Les conséquences d’une découverte de leur infidélité les terrifient. Si leur infidélité était mise en lumière, ce n’est pas seulement le monde de leur conjoint(e) qui s’effondrerait, ce serait aussi le leur. Et ils en ont parfaitement conscience. Beaucoup sont terrorisé(e)s à l’idée d’infliger de la souffrance à leur conjoint(e). C’est même souvent une des raisons du secret : l’infidélité est rarement dirigée "contre l’autre", mais bien plus souvent "pour soi".


Il semblerait donc que l’infidélité devienne "grave", et non plus seulement importante, en fonction des conséquences qu’elle entraîne.


Chez celui/celle qui trompe la notion de gravité apparait presque exclusivement au moment ou l’infidélité est découverte.

Sur 1 535 Américains interrogés quant à la "gravité" de l’infidélité, 91 % d’entre eux l’ont placée comme le comportement le plus problématique moralement, comparativement à d’autres comportements comme la polygamie (83 %) ou le divorce (24 %). L’infidélité est devenue, au fil des décennies, beaucoup plus difficile à tolérer et à excuser. Inversement, le divorce est de mieux en mieux accepté et banalisé. Cela explique peut-être ceci : désormais, lorsqu’on n’est pas heureux dans son mariage, le message contemporain, du moins occidental, s’est renversé : ne trompez pas, divorcez !


Quels besoins peuvent inciter à rompre l’engagement monogame ?

Ils sont nombreux, et certains d’entre eux ne sont pas toujours le symptôme d’un mal-être ressenti au sein du couple.

Ils peuvent parler du couple et de ses dysfonctionnements, mais ils peuvent aussi parler de moi, et de moi seul(e).


Le piège, pour un thérapeute de couple, mais aussi pour le couple lui-même qui essaie de comprendre ce qui peut expliquer cette "sortie de route", c’est de vouloir absolument y voir un symptôme du couple. Si le projecteur se braque exclusivement sur ce qui ne va pas dans le "nous", il y a de fortes chances que l’on y trouve quelque chose. Aucun couple n’est parfait, et nos besoins ne sont jamais entièrement satisfaits par notre conjoint(e). Tous les couples traversent des périodes, courtes ou moins courtes, délicates, tant sur le plan de la communication que sur le plan sexuel. Si seul le prisme conjugal est interrogé, il y a fort à parier que l’on trouvera bien quelque chose pour expliquer l’infidélité.

Il est donc essentiel de comprendre ce qui s’est joué dans cet "écart". Or ce n’est pas toujours, même si c’est souvent le cas, le couple qui est en jeu.

La preuve : 54 % des hommes infidèles ont indiqué dans une étude que leur mariage leur convenait, et même qu’ils le considéraient comme heureux, lorsqu’ils ont débuté leur aventure extraconjugale. Seulement 34 % des femmes mariées infidèles partageaient cet avis.


De même, contrairement à une idée très largement répandue, ce n’est pas forcément la question sexuelle qui motive le plus l’infidélité. Certaines études montrent que 92 % des hommes ont confié que ce sont leurs besoins émotionnels qui les avaient conduits à l’infidélité, et non leurs besoins sexuels. D’autres études confirment cette tendance : seulement 20 % des hommes indiquent que le manque de rapports sexuels est la cause de leur infidélité.


Dans la même veine des fausses croyances, 88% des hommes qui ont trompé leur partenaire ne considéraient pas qu’ils l’avaient fait avec une personne plus attirante que leur conjointe.


En réalité, les motivations d’une infidélité sont extrêmement variées. On y retrouve la recherche de valorisation, de séduction, de féminisation ou de masculinisation, de soutien, de lien, de transgression, de réparation, d’espace pour soi, d’identité, d’excitation, de rébellion, de son "moi authentique", de son "moi" oublié ou sacrifié, de liberté, d’oxygène, de réconfort, de stimulation, de vitalité, d’émotions, etc. Le sexe ne change rien au fait que les hommes et les femmes partagent le même besoin d’être regardé(e)s, désiré(e)s, écouté(e)s.


L’importance et la motivation d’une infidélité doivent donc être mises à plat et observées selon plusieurs axes : celui du "nous" et celui du "je". Cette double investigation, celle du couple et celle de l’individu qui trompe, permet de mieux saisir ce qui s’est passé et pourquoi cela s’est passé. Comprendre le besoin en jeu dans cette extraconjugalité peut apporter beaucoup de réponses intéressantes.


Je prend bien garde lors d’une thérapie de ne pas faire porter la responsabilité de l’infidélité à celui ou celle qui a été trompé(e). 

D’abord parce que la personne trompée est dans une souffrance qui n’a pas besoin d’être alourdie par la culpabilité de ne pas avoir été "suffisamment ceci" ou "suffisamment cela". On sait que la personne trompée peut passer par différentes phases émotionnelles, dont la plus grave est la dépression. Cette réaction apparaît de manière plus prégnante dans les relations extracouple à caractère sentimental. En effet, les relations extracouple à caractère sexuel ont davantage tendance à déclencher de la colère, émotion qui protège de l’effondrement.

Ensuite parce que se défausser de sa décision, et de sa responsabilité, sur l’autre ne permet pas à celui ou celle qui a trompé de bien comprendre ce qui s’est joué. En effet, même dans des situations apparemment évidentes de mal-être au sein du couple, la décision de tromper reste un choix parmi d’autres possibles. Il est donc intéressant de comprendre pourquoi c’est ce choix-là qui a été posé, et non celui de rompre, par exemple.

Interroger ce bouleversement 

Le questionnement de l’infidélité n’est pas toujours la règle. Pourtant, il y a beaucoup à apprendre sur ce que je suis et/ou sur ce que nous sommes, que je sois celui/celle qui est trompé(e) ou que je sois l’infidèle.

L’importance et les conséquences de la relation extraconjugale vont beaucoup dépendre de ce que le couple en fera. Ce signal fort, qui vient éclairer soit ce que vit le couple et ce qu’il est, soit ce que je vis et ce que je suis, a tout intérêt à être exploré. Sans cela, difficile de réinventer son couple. Pourtant, certains préféreront effacer "cette sortie de route" et reprendre le cours du couple tel qu’il était inscrit dans le pacte conjugal, tandis que d’autres transformeront l’équilibre de leur couple : le/la "coupable" sera à tout jamais en dette vis-à-vis de la "victime". Le couple n’a alors rien appris ni rien gagné, si ce n’est une belle frayeur qui, pour un temps, calmera les ardeurs d’un ailleurs plus attractif.


Bien sûr, il y a les infidélités qui scellent la fin de l’histoire du couple. Quand cela se produit, on peut se demander si ce n’était pas, tout simplement, l’effet attendu, plus ou moins consciemment. En effet, certaines n’ont pour seul but que de signifier, à soi comme à son/sa conjoint(e), qu’il est temps que chacun se "libère" de cette conjugalité qui ne convient pas, ou plus.

C’est un peu comme si la fin du couple ne pouvait passer que par la porte de l’infidélité : la motivation de rupture est alors manifeste.


Les autres motivations, elles, sont riches d’éléments à examiner, car elles envoient, de manière cryptée et souvent douloureuse, un message fort, soit à son/sa conjoint(e), soit à soi-même, destiné à repenser le couple tel qu’il existait, en l’obligeant à se réécrire et à se réinventer pour le meilleur, et non plus pour le pire.


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